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L’expérience touristique, ce sont d’abord des rencontres humaines
L’expérience touristique, ce sont d’abord des rencontres humaines
Elodie Morel

A Villard-de-Lans, au coeur du Vercors, Luc Magnin dirige le Grand Hôtel de Paris depuis 1990. Il nous raconte comment il gère la crise sanitaire au sein de son établissement, et revient sur ce qu’il espère pour le tourisme de demain. Il plaide pour un secteur touristique axé sur l’humain et empreint de bon sens... Un tourisme qui reviendrait aux fondamentaux, dans le respect des saisons. Et qui, pour se développer, pourrait s’appuyer sur le monde agricole local. 

Mars 2020. Le gouvernement français vient d’annoncer le premier confinement. Dans toute la France, les professionnels du tourisme et les restaurateurs viennent d’apprendre qu’ils vont devoir fermer leurs établissements pour une durée indéterminée. Tout le pays est sous le choc. Le Vercors ne fait pas exception. A Villard-de-Lans, au Grand Hôtel de Paris, c’est le début d’une longue gestion de crise pour le responsable, Luc Magnin. A 62 ans, il représente la 5e génération des propriétaires de cet hôtel, ouvert en 1894 par son aïeul, et dont il a repris la gestion en 1990. Le Grand Hôtel de Paris est une superbe et imposante bâtisse traditionnelle, aux aménagements vintage pleins de charme. Après 127 ans d’existence, l’hôtel n’en est pas à sa première crise. Et objectivement, celle-ci n’est pas la pire de toutes celles qu’il a déjà traversées, estime M. Magnin, tout en ajoutant que malgré tout, l’issue en reste incertaine.

MOOVTOO : Comment avez-vous pris l’annonce du premier confinement ?

Luc Magnin : A ce moment-là, j’avais 115 clients dans l’hôtel, qui ont donc dû quitter l’établissement. Nous nous sommes organisés au mieux pour faciliter leur départ, avant de tout fermer. Ensuite, je suis allé voir ma mère. Elle avait 90 ans. Je lui ai dit que j’avais dû demander à 115 personnes de partir de l’hôtel, et que je ne savais pas de quoi demain serait fait. C’est alors qu’elle reprend tout l’historique de l’hôtel. Notre établissement a été ouvert par mon aïeul en 1894, alors vous imaginez tout ce qu’il a traversé... Et ma mère revient sur tous les soubresauts de l’Histoire, que l’hôtel a traversés bon an mal an. La guerre de 14-18, la grippe espagnole, la 2e guerre mondiale. Le Front Populaire. Le développement de la « nation touristique », avec ses périodes de recul et de gloire. Elle me dit que tous ceux qui ont tenu l’hôtel pendant ces moments s’en sont sortis. Puis elle ajoute « Mais toi, tu vas avoir du mal ».

Pourquoi, qu’est-ce qui a changé ?

Nous subissons tous cette crise de plein fouet mais il faut regarder les choses en face : ce que traverse le monde aujourd’hui n’est pas si grave, au regard de ce que les générations précédentes ont traversé. Et pourtant, il se pourrait bien que cette fois-ci, les professionnels du tourisme ne s’en relèvent pas. Car si autrefois, la seule force de travail suffisait pour s’en sortir, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Notamment en raison de l’interdépendance entre l’administratif et l’économie. De nos jours le poids administratif est très lourd, il demande énormément de temps qu’on préfèrerait plutôt consacrer à notre cœur de métier. Mais on n’a pas le choix. Cela complique beaucoup l’avenir de la profession : peut-on dire à des jeunes qu’ils vont travailler 70 heures par semaine mais qu’ils ne seront malgré tout pas sûrs de s’en sortir ? C’est difficile.

Quelle évolution percevez-vous dans le métier du tourisme au cours des dernières années ?

Ce qui m’inquiète c’est qu’on s’achemine vers un tourisme de « parc d’attraction », où les clients veulent être sans cesse « divertis ». On peut le comprendre, mais les vacances, ce n’est tout de même pas seulement ça. Ce n’est pas forcément chercher à être « occupé » du matin jusqu’au soir !

L’aspect humain doit être revalorisé dans l’activité touristique selon vous ?

Oui, les clients viennent aussi pour qu’on prenne soin d’eux, qu’on les écoute parfois, mais aussi pour rencontrer de nouvelles personnes, écouter de nouvelles histoires. On a tendance à l’oublier aujourd’hui, mais l’expérience touristique est avant tout faite de rencontres humaines. C’est cela qui marque. C’est ce qu’on n’oublie jamais, ce qui nous marque pour toujours, encore plus qu’un paysage ou une découverte culturelle. La rencontre humaine est unique par définition. 
Avant la 2e Guerre mondiale, ceux qui venaient en vacances sur le plateaux étaient là pour découvrir les sports d’hiver, grâce à des gens du terroir, des ruraux, les premiers moniteurs de skis. Quand les vacanciers revenaient, c’était aussi pour retrouver celui qui leur avait appris à faire du ski.
Aujourd’hui on ne met pas l’aspect humain au cœur du tourisme. On recherche davantage le divertissement, parfois superficiel. C’est cela, le grand changement entre le tourisme du 20e et du 21e siècle. On est malheureusement entré dans une consommation de superflu.

Qu’espérez-vous pour le tourisme de demain ?

Il faudrait vraiment revenir à l’essentiel, redonner toute sa place au bon sens et se concentrer sur les fondamentaux : l’hébergement et l’accueil, le bien manger, la découverte de l’environnement autour de soi, de son histoire et de ses richesses naturelles, du rythme de vie tel qu’il existe là où l’on se trouve,  des activités qu’on y pratique au fil des saisons. Regardons un peu notre passé pour identifier nos forces : dans le cadre de ce qu’on appelait le « climatisme », les enfants venaient dans les « maisons d’enfants » aux mois d’avril et mai, pour les « cures d’air et lait ».
Le Vercors devrait travailler cette force fondamentale : l’air, la nature. Faire redécouvrir aux gens une certaines simplicité de vie. Je crois au tourisme qui revient à la simplicité.

Quels facteurs ce tourisme de demain devrait-il prendre en compte ?

Sur la saisonnalité, d’abord. Par exemple, on nous demande parfois des tartes aux myrtilles en février ! Alors que c’est plutôt la saison de la fin des poires et des clémentines. La prise de conscience écologique à laquelle on assiste actuellement nous aide à expliquer cette saisonnalité. C’est ce qui nous permet de dire facilement à des randonneurs de ne pas aller à tel endroit en telle saison car c’est la période de nidification du Tétra lyre par exemple.

Le Vercors, c’est aussi une zone agricole, cela peut-il aider le tourisme ?

Oui, parmi les autres facteurs pouvant soutenir le tourisme de demain, il y a aussi selon moi le fait de s’appuyer sur un monde agricole très fort. Le tourisme peut se développement grâce à ce milieu. Souvent on a opposé l’agriculteur à l’acteur du tourisme. Alors que nous sommes totalement complémentaires. Ma grand-mère était agricultrice. Dans les années 20 et 30, gérer un établissement de 100 chambres comme le Grand hôtel de Paris, cela supposait de pouvoir nourrir correctement les résidents ! C’est justement ce qu’ont permis les fermes de ma grand-mère.
Aujourd’hui, on conserve plus facilement qu’autrefois les aliments. En revanche, on est moins sûr de sa provenance...  Et ça, ça compte de plus en plus pour les visiteurs. Savoir qu’ils mangent des produits locaux. Du temps de mon grand-père, des clients allaient cueillir les framboises et revenaient, en nous demandant de faire une tarte avec les fruits de leur cueillette. J’étais gamin à l’époque. J’ai un excellent souvenir de ça. On travaillait déjà beaucoup à l’époque. C’était un épanouissement.

Finalement, cette crise, le secteur de l’hôtellerie va s’en relever ?

Je pense sincèrement que l’hôtellerie indépendante familiale rurale, qui était déjà assez malmenée avant la crise sanitaire, va avoir du mal. Nous sommes un tourisme de niche, loin du tourisme de masse. Nous nous adressons plus que jamais à un public à la recherche de simplicité et d’authenticité.
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